Rupture Traumatique du Diaphragme - Coelioscopie
Suture bord à bord d'une rupture traumatique du diaphragme après réduction des viscères ascensionnés.
Une rupture reconnue est une indication opératoire
En urgence, la voie abdominale est la voie de référence car elle permet l'exploration et le traitement des viscères abdominaux.
60 à 70 % des ruptures concernent la coupole gauche, 30 à 40 % la coupole droite.
Installation
Anesthesie
Anesthésie générale avec intubation orotrachéale
Sonde gastrique préopératoire : vider l'estomac améliore la fonction respiratoire
En cas de difficulté de vidange, descente peropératoire d'un tube de Faucher guidée par la main du chirurgien
Sonde gastrique laissée en postopératoire : prévient la dilatation gastrique
Contexte de polytraumatisme dans 80 à 95 % des cas : anticiper transfusions et lésions associées
Matériel
Colonne vidéo avec insufflateur, optique 0° ou 30°
Trois à quatre trocarts : un de 10 mm pour l'optique, les autres de 5 mm
Pinces à préhension atraumatiques, porte-aiguille
Fil non résorbable pour la suture à points séparés
Matériel prothétique non résorbable disponible (ruptures anciennes et importantes)
Un ou deux drains thoraciques
Billots et cadre pour le bras
Boîte de laparotomie et de thoracotomie disponibles : conversion immédiate par voie sous-costale possible
Position
Décubitus latéral, bras au cadre, bassin à 45° par rapport au plan de la table
Billot protégeant le creux axillaire
Espace entre rebord costal et aile iliaque ouvert en « cassant » la table, ou par un second billot à la pointe de l'omoplate
Pression d'insufflation de 10 mmHg en début de procédure, abaissable ensuite : la rigidité de l'auvent costal maintient l'espace de travail
La position latérale donne une bonne vision de la coupole, facilite à gauche la réduction des viscères et à droite le désenclavement du foie par pesanteur ; elle ne permet pas une exploration complète de l'abdomen
(le décubitus dorsal ne permet pas une bonne exploration des coupoles, masquées par les viscères ascensionnés)
Champage
Champ de cœlioscopie en décubitus latéral, hémithorax, rebord costal et flanc largement dégagés
Trocarts
- Trois à quatre trocarts : un de 10 mm pour l'optique, les autres de 5 mm
- Trocarts insérés à deux travers de doigt de l'auvent costal
- À droite, un trocart placé près de l'apophyse xiphoïde permet de récliner le foie
- Laparotomie : incision médiane sus-ombilicale, agrandissable pour traiter une lésion associée, préférable à la sous-costale ; résection de la xiphoïde inutile ; valve sous-costale maintenant l'auvent costal ouvert
- Voie thoracique : thoracotomie postérolatérale dans le sixième espace intercostal
Opérateur / Aide
Opérateur face à la coupole lésée, du côté ventral du patient
Un aide pour l'optique et l'exposition, un instrumentiste
Photos / Illustrations
Informations
Indications
- Toute rupture diaphragmatique reconnue : indication opératoire dès le diagnostic posé, s'il n'y a pas d'autres priorités
- Urgence immédiate si le volume des viscères ascensionnés entraîne des troubles respiratoires par refoulement du poumon ou du médiastin, ou si un étranglement est suspecté d'emblée
- Patient sans détresse vitale : un délai de quelques heures est acceptable sans augmenter la morbidité
- Intervention différée si la rupture n'entraîne pas de perturbation respiratoire et que les lésions associées sont préoccupantes (traumatisme crânien ou rachidien)
- Cœlioscopie réservée au patient en bon état hémodynamique, sans traumatisme crânien et sans lésion associée pouvant se décompenser rapidement
Astuces
- Avant de drainer un épanchement hydroaérique en contexte traumatique, même ancien : un estomac ascensionné peut prendre l'apparence d'un hémopneumothorax
- À droite, drainage thoracique prudent pour ne pas léser le foie ; à l'inverse une interposition colique (syndrome de Chilaiditi) peut faire évoquer à tort une rupture
- Réduction douce des organes ascensionnés : limite le risque de déchirure ou d'hématome des mésos ; explorer les organes réintégrés et le reste de la cavité abdominale
- Dégager la totalité du pourtour de la brèche : à gauche libérer la grosse tubérosité gastrique et la rate, à droite les attaches postérieures du foie
- Suture bord à bord à points séparés de fil non résorbable : c'est le consensus, sans preuve scientifique de supériorité sur le surjet ou le fil résorbable
- Ruptures anciennes et importantes : matériel prothétique non résorbable parfois nécessaire
- Rupture d'un pilier principal : reconstituer l'hiatus œsophagien, un dispositif antireflux peut être utile
- Désinsertion périphérique : réinsérer le diaphragme au tissu fibreux persistant ou à la côte d'origine
- Étranglement d'emblée avec lésions ischémiques irréversibles : résection digestive, rétablissement de continuité discuté au cas par cas ; au niveau gastrique le plus souvent résection partielle, gastrectomie rarement utile
- La thoracoscopie nécessite une exclusion pulmonaire et n'offre pas un bon confort à l'opérateur
Codages
LLCC003 – Suture de plaie ou de rupture récente de la coupole du diaphragme, par coelioscopie
par laparotomie LLCA005
par thoracoscopie LLCC001
par thoracotomie LLCA003
Cœlioscopie exploratrice ZCQC002 non associable à LLCC003.
Complications
Mortalité estimée entre 3 et 60 %,
volvulus ou étranglement d'un organe ascensionné avec nécrose en cas de rupture méconnue
plaie hépatique lors d'un drainage thoracique droit
déchirure ou hématome des mésos lors de la réduction
syndrome de Budd-Chiari aigu par plicature des veines hépatiques en cas d'ascension majeure du foie.
Temps opératoires
Étape 1 : Exploration
- Sonde gastrique en place, vidange complète de l'estomac : améliore la fonction respiratoire et facilite la réduction
- Difficulté de vidange : descente peropératoire d'un tube de Faucher guidée par la main du chirurgien
- À droite, réclinaison du foie par une pince passée dans un trocart sous-xiphoïdien
- Exploration de la coupole : la position latérale en donne une bonne vision, l'abdomen ne peut pas être exploré complètement
Étape 2 : Réduction des éléments ascensionnés
- Manœuvres de réduction douce de l'estomac, de la rate, du grêle ou du côlon, pour éviter déchirure et hématome des mésos
- Organes réintégrés systématiquement explorés, ainsi que le reste de la cavité abdominale
- Exploration de l'étage thoracique possible en introduisant l'optique dans la brèche diaphragmatique
- Étranglement avec lésions ischémiques irréversibles : résection digestive, rétablissement de continuité discuté selon l'organe, l'ouverture digestive, la contamination, la tolérance hémodynamique et le terrain
Étape 3 : Exposition de la brèche
- Dégagement de la totalité du pourtour de la brèche
- À gauche : libération de la grosse tubérosité gastrique et de la rate
- À droite : libération des attaches postérieures du foie et désenclavement par pesanteur
Étape 4 : Suture du diaphragme
- Suture bord à bord des berges à points séparés de fil non résorbable
- Rupture ancienne et importante : renfort par matériel prothétique non résorbable
- Rupture d'un pilier principal : reconstitution de l'hiatus œsophagien, dispositif antireflux si utile
- Désinsertion périphérique : réinsertion au tissu fibreux persistant ou à la côte d'origine
Étape 5 : Drainage thoracique et fin d'intervention
- Un ou deux drains thoraciques
- Drains retirés dès la réexpansion pulmonaire obtenue en l'absence de lésion parenchymateuse associée
- Exsufflation, fermeture des orifices de trocarts
- Sonde gastrique laissée en place en postopératoire pour prévenir la dilatation gastrique
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