Phrénoplicature et Phrénoplastie - Coelioscopie
Mise sous tension du diaphragme paralysé, qui augmente le volume pulmonaire intrathoracique et refoule les organes abdominaux vers le bas : le geste améliore la dyspnée et les symptômes digestifs et corrige la déviation médiastinale.
Deux techniques : la phrénoplicature, par points séparés de fils non résorbables, et la phrénoplastie, par résection de la partie centrale de la coupole à l'agrafeuse linéaire.
La paralysie diaphragmatique, appelée « éventration diaphragmatique » dans la littérature anglo-saxonne, est une surélévation permanente d'un hémidiaphragme sans solution de continuité. Elle est le plus souvent acquise et liée à une lésion du nerf phrénique.
Gain fonctionnel à un an : 32 % de capacité vitale et 37 % de VEMS en moyenne après phrénoplastie laparoscopique, contre 16 % et 15 % après phrénoplicature par thoracotomie et 14 % et 15 % par voie thoracoscopique.
Installation
Anesthesie
Anesthésie générale ; par voie laparoscopique, pas d'intubation sélective
Intubation bronchique sélective pour les voies thoraciques (thoracotomie, thoracoscopie, minithoracotomie vidéo-assistée)
Sonde gastrique
Matériel
Colonne vidéo avec insufflateur, laparoscope de 30°
Quatre ou cinq trocarts
Seconde colonne de vidéochirurgie si une thoracoscopie est associée pour équilibrer les pressions
Pinces à préhension solides : la traction sur le diaphragme doit être forte
Fils non résorbables et feutres de renfort pour éviter les déchirures du diaphragme
Agrafeuse linéaire et plusieurs cartouches pour la phrénoplastie
Large prothèse pour un renforcement intra-abdominal, si l'équipe le retient
Drain thoracique
Position
Voie laparoscopique : décubitus dorsal, sans intubation sélective
Voies thoraciques : décubitus latéral avec intubation bronchique sélective
Le pneumopéritoine repousse le diaphragme paralysé vers le sommet du thorax et rend sa manipulation très difficile : équilibrer les pressions entre abdomen et thorax est indispensable
Deux options d'équilibrage : thoracoscopie associée avec insufflation de CO2, qui donne un contrôle optimal des gestes mais demande deux colonnes ; ou ouverture au sommet du diaphragme créant un pneumothorax, techniquement plus facile
Champage
Champ de cœlioscopie, xiphoïde et rebords costaux dégagés
Hémithorax homolatéral inclus dans le champ si une thoracoscopie est associée ou en prévision du drain
Trocarts
- Quatre ou cinq trocarts, laparoscope de 30°
- Trocarts thoraciques supplémentaires si une thoracoscopie avec insufflation de CO2 est associée
- Voie thoracoscopique isolée : trois ou quatre trocarts, insufflation de CO2 jusqu'à 12 mmHg pour abaisser le diaphragme et augmenter l'espace de travail
- Voie thoracique ouverte : thoracotomie postérolatérale dans le 7e ou le 8e espace intercostal, approche classique offrant la meilleure exposition du diaphragme
- La laparotomie n'est décrite que chez l'enfant, pas chez l'adulte
Opérateur / Aide
Opérateur à droite du patient, écran en face
Un aide à l'optique ; un second opérateur si une thoracoscopie est associée
Photos / Illustrations
Informations
Indications
- Indication posée uniquement et exclusivement sur le retentissement respiratoire : dyspnée invalidante, souvent aggravée en position couchée
- La plupart des patients sont paucisymptomatiques et ne nécessitent aucun traitement : simple suivi médical
- Éliminer une dyspnée d'autre origine : obésité morbide, insuffisance respiratoire, décompensation cardiaque
- Sniff test sous radioscopie : effort inspiratoire rapide, bref et puissant montrant le mouvement paradoxal de la coupole paralysée
- Épreuves fonctionnelles respiratoires systématiques : syndrome restrictif avec réduction de la capacité vitale et du VEMS, et évaluation de la réponse à la chirurgie ; scores de dyspnée pour objectiver le retentissement sur la qualité de vie
- Scanner thoracoabdominal : exclut une cause organique d'atteinte phrénique (tumeur cervicale ou thoracique, lésion inflammatoire locale, processus expansif sous-diaphragmatique) et fait le diagnostic différentiel avec une rupture diaphragmatique
- Lésion thermique du nerf phrénique après chirurgie cardiaque : une à deux années d'observation avant de poser l'indication, vu les capacités de récupération
- Contre-indications relatives : obésité sévère avec IMC supérieur à 35, calcifications diaphragmatiques rendant la plicature difficilement réalisable, maladies neuromusculaires
- Formes gauches plus souvent symptomatiques : la bascule de l'estomac sous la coupole peut donner une dysphagie et des troubles de la vidange gastrique, la déviation médiastinale des troubles du rythme
- Choix de la voie d'abord et de la technique laissé à la discrétion du chirurgien : aucune étude comparative ne permet de privilégier une approche
Astuces
- Le pneumopéritoine plaque le diaphragme paralysé au sommet du thorax : sans équilibrage des pressions, sa préhension est très difficile
- Deux solutions : thoracoscopie associée avec insufflation de CO2, contrôle optimal mais deux colonnes de vidéochirurgie ; ou ouverture au sommet du diaphragme créant un pneumothorax, techniquement plus facile
- Phrénoplicature : points séparés de fils non résorbables, éventuellement renforcés de feutres pour éviter les déchirures du diaphragme
- Points placés d'abord sur la berge postérieure puis sur la berge antérieure, en progressant de dedans en dehors
- Variantes de plicature décrites par voie thoracique : suture en accordéon par points séparés en U, suture en paletot, surjet de fils non résorbables après enfouissement du diaphragme
- Phrénoplastie : forte traction sur la partie centrale du diaphragme, résection par plusieurs cartouches d'agrafeuse linéaire de dehors en dedans puis inversement, jusqu'à la jonction des deux lignes d'agrafes
- La phrénoplastie laparoscopique est peu diffusée mais techniquement simple et sans complication postopératoire significative dans les séries publiées
- Le diaphragme reste paralysé malgré la mise en tension : risque théorique de relaxation progressive du muscle et de récidive de l'insuffisance respiratoire, d'où le renforcement prothétique conseillé par certains
- Les données de la littérature ne justifient pas l'utilisation systématique d'une prothèse prophylactique
- Drain thoracique laissé en place 24 à 48 h quelle que soit la technique
- Résultats à long terme contradictoires pour la phrénoplicature : persistance de l'amélioration pour certains, dégradation de la CV et du VEMS voire retour aux valeurs préopératoires pour d'autres ; aucune donnée à cinq ans pour la phrénoplastie
- Approches mini-invasives conseillées pour minimiser le risque de complications postopératoires
Codages
LLMC019 – Plastie d'une coupole du diaphragme pour éventration, par coelioscopie ; par thoracoscopie LLMC003 ; par laparotomie LLMA008 ; par thoracotomie LLMA003.
Complications
Mortalité à 30 jours rapportée nulle ; pneumonie ; épanchement pleural prolongé ; plaie des viscères abdominaux ; hémorragie ; thrombose veineuse profonde ; arythmie ; déchirure du diaphragme lors du passage des points, prévenue par les feutres de renfort ; relaxation progressive du diaphragme mis sous tension avec récidive de l'insuffisance respiratoire ; dégradation de la capacité vitale et du VEMS à cinq ans dans certaines séries de phrénoplicature.
Temps opératoires
Étape 1 : Installation et trocarts
- Décubitus dorsal, sans intubation sélective
- Pneumopéritoine puis quatre ou cinq trocarts, laparoscope de 30°
- Constat initial : le diaphragme paralysé est plaqué au sommet du thorax par le pneumopéritoine
Étape 2 : Équilibrage des pressions thoraco-abdominales
- Sans équilibrage, le diaphragme est impossible à saisir correctement
- Option 1 : thoracoscopie associée avec insufflation de CO2 dans l'hémithorax, qui donne le meilleur contrôle des gestes mais impose deux colonnes de vidéochirurgie
- Option 2 : ouverture au sommet du diaphragme créant un pneumothorax, techniquement plus facile
Étape 3 : Exposition et préhension du diaphragme
- Diaphragme abaissé et saisi à la pince, repérage de la zone centrale la plus distendue
- Vérification de l'absence de calcification gênant la plicature
Étape 4 : Phrénoplicature
- Points séparés de fils non résorbables, renforcés de feutres pour éviter les déchirures
- Points placés d'abord sur la berge postérieure, puis sur la berge antérieure
- Progression de dedans en dehors jusqu'à obtenir une coupole tendue et abaissée
Étape 5 : Phrénoplastie (variante)
- Forte traction appliquée sur la partie centrale du diaphragme
- Résection de cette partie centrale par plusieurs cartouches d'agrafeuse linéaire, de dehors en dedans
- Seconde ligne d'agrafes en sens inverse, jusqu'à la jonction des deux lignes sur la partie centrale de la coupole
Étape 6 : Renforcement prothétique (optionnel)
- Large prothèse en position intra-abdominale ou intrathoracique pour pérenniser le résultat, le muscle restant paralysé
- Geste non systématique : la littérature ne justifie pas une prothèse prophylactique
Étape 7 : Drainage et fin d'intervention
- Drain thoracique mis en place et laissé 24 à 48 h
- Exsufflation, fermeture des orifices de trocarts
- Épreuves fonctionnelles respiratoires postopératoires pour objectiver le gain de capacité vitale et de VEMS
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