Occlusion Aiguë du Grêle sur Bride - Coelioscopie
Section de la bride ou des adhérences péritonéales responsables de l'occlusion, contrôle de la vitalité du segment intéressé et résection-anastomose si la viabilité n'est pas certaine.
L'indication opératoire est retenue soit en urgence devant des signes de souffrance intestinale
Installation
Anesthesie
Anesthésie générale avec intubation orotrachéale, patient bien conditionné et réchauffé
Patient toujours considéré comme à haut risque d'inhalation « estomac plein » à l'induction
Aucun patient occlus ne doit arriver au bloc sans sonde nasogastrique ayant vidé l'estomac le plus complètement possible
Curarisation complète : le relâchement pariétal facilite l'exploration abdominale
Sonde urinaire posée stérilement au bloc, dans le champ
Antibioprophylaxie peropératoire administrée après les prélèvements bactériologiques, en début d'intervention
Rééquilibration hydroélectrolytique poursuivie en peropératoire ; anesthésiste prévenu avant toute entérovidange ou toilette péritonéale, mal tolérées sur le plan hémodynamique
Matériel
Colonne vidéo avec insufflateur, optique 30° conseillée pour l'exposition
Matériel d'open cœlioscopie pour le premier trocart ; trocarts de 5 et de 10 mm
Pinces à préhension atraumatiques pour le déroulement du grêle
Ciseaux froids : la section de bride se fait au ciseau ou au bistouri froid, sans coagulation
Ciseaux Mayo, bistouri froid et pinces Köcher pour la voie ouverte
Agrafeuse linéaire coupante (GIA 80 ou TLC 75) et agrafeuse à mâchoires (TA 90 ou TX 90) pour l'anastomose mécanique
Clamp digestif atraumatique type Doyen, pinces de Babcock
Fils à résorption lente sertis 4/0 pour les sutures digestives, Vicryl 0 pour les orifices de trocarts, Vicryl 1 ou PDS boucle 1 pour la laparotomie
Instruments de fusion tissulaire (Ligasure, Ultracision) pour le mésentère
Anneau rétracteur type Alexis, champs imbibés de povidone iodée
Drains aspiratifs type Redon ou Blake en cas de péritonite
Voile de tissu résorbable si la paroi est fragile
Boîte de laparotomie ouverte sur la table
Position
Décubitus dorsal, jambes écartées, position dite « double équipe » : position de choix de toute cœlioscopie exploratrice, accès facile au petit bassin, gestes complémentaires possibles sur les annexes, l'utérus, le côlon gauche et le rectum, et aide installé entre les jambes
Alternative : décubitus dorsal strict avec table pont au-dessus des membres inférieurs, au moins un membre supérieur en abduction accessible à l'équipe d'anesthésie
Utiliser largement les inclinaisons et rotations de la table pour améliorer l'exposition
Champage
Badigeonnage antiseptique toujours complet
Champ de tête recouvrant les mamelons, champ de pied collé sur le pubis, champs latéraux au ras de la table dans la perspective d'un drainage déclive des flancs
Jambières stériles si le patient est installé en position double équipe
Trocarts
- Premier trocart optique à distance des cicatrices préexistantes, dans une zone supposée peu ou non adhérentielle ; Open cœlioscopie fortement recommandée pour ce premier trocart
- Trocarts suivants placés sous contrôle de la vue après insufflation, emplacements et diamètres adaptés au siège supposé de l'obstacle sur le scanner et aux constatations de l'exploration
- Laparotomie : incision médiane à cheval sur l'ombilic de 5 à 10 cm, agrandissable vers le haut ou le bas voire xiphopubienne ; incisions transversales, sous-costales ou pararectales non recommandées car elles ne permettent pas une exploration complète
Opérateur / Aide
Opérateur du côté droit du patient
Un aide entre les jambes, qui écarte et instrumente à l'aide d'une table basse située à proximité
Un second aide à l'optique si l'exposition est difficile
Photos / Illustrations
Informations
Indications
- Chirurgie en urgence d'emblée devant des signes évidents de strangulation ou des signes péritonéaux associés à des signes de gravité
- Après échec du traitement non opératoire : absence de produit de contraste hydrosoluble dans le côlon droit 24 h après administration, l'ASP étant au mieux réalisé entre 8 et 12 h
- Échec du traitement non opératoire avec test à la Gastrografine négatif : indication idéale de la voie cœlioscopique
- Laparotomie médiane d'emblée : abdomen multicicatriciel, dilatation majeure des anses, suspicion de nécrose, de perforation ou de péritonite, prothèse pariétale intrapéritonéale non résorbable, dialyse péritonéale, péritonite encapsulante, chimiothérapie intrapéritonéale
- Exploration cœlioscopique : siège et cause de l'occlusion identifiés dans 52 à 100 % des cas ; conversion dans 8 à 46 % des séries (29 % dans une revue de 2000 cas), succès de 73,4 % en cas de bride unique
- Facteurs prédictifs de conversion : hyperleucocytose préopératoire, diamètre du grêle supérieur à 4 cm, signes d'irritation péritonéale, antécédent de plus de deux laparotomies
Astuces
- Manipuler le grêle avec une extrême prudence : préférer la préhension du mésentère à celle d'une anse distendue et œdématiée
- Éviter les coagulations excessives, sources de brûlures directes ou par diffusion et de plaies intestinales : section de la bride au ciseau ou au bistouri froid
- Bistouri électrique à exclure de l'abord péritonéal : risque de perforation, de brûlure et de plaie d'une anse éventrée dans un orifice pariétal méconnu ; inciser tous les plans au bistouri froid, lame à plat
- Déroulement rétrograde à partir de la dernière anse iléale plate jusqu'à la jonction grêle plat / grêle dilaté : c'est là que siège l'obstacle
- Une fois la bride sectionnée, arrêter l'adhésiolyse : la poursuivre n'allonge que la durée opératoire et le risque de plaie, sans bénéfice pour le patient
- Limiter l'adhésiolyse aux adhérences empêchant la mise en place des trocarts, gênant l'exposition, ou responsables de l'obstacle
- Adhésiolyse plus sûre sur des tissus mis en tension : l'aide et l'opérateur présentent les structures tendues ; la digitoclasie aide à trouver le plan entre deux anses accolées
- Commencer par les zones les plus faciles : la libération progressive facilite ensuite les zones difficiles
- Anses très incrustées sous une cicatrice : emporter une pastille de péritoine ou d'aponévrose pour passer au large et éviter les effractions digestives à répétition
- Nœud d'anses indissociables ou multiples plaies digestives : préférer la résection-anastomose emportant toutes les sutures, le risque de fistule augmentant avec leur nombre
- Plaie séreuse ou séromusculaire : suture immédiate par points séparés ou surjet de fil lentement résorbable 4/0 ; plaie transfixiante : isoler la zone par des champs imbibés de povidone iodée puis surjet en un plan, ou agrafage avec ou sans résection
- Inspecter minutieusement l'empreinte de striction ou l'anse volvulée : ne jamais quitter le champ avec un doute sur la viabilité du grêle
- Doute sur la vitalité : envelopper le grêle dans des champs imbibés de sérum chaud 10 à 15 minutes ; absence de recoloration, de péristaltisme ou de pouls mésentérique, ou doute persistant, imposent la résection
- Grêle perforé : résection-anastomose centrée sur la perforation, la suture directe exposant à un risque majeur de fistule
- Grêle dévitalisé découvert en cœlioscopie : conversion en minilaparotomie médiane
- Entérovidange rétrograde possible seulement par laparotomie
- Fermer la brèche mésentérique sans créer d'hématome : évite une occlusion par étranglement herniaire postopératoire
- Double entérostomie en canon de fusil si le risque de désunion est élevé : choc non corrigé, transfusions massives, péritonite avec péritoine cruenté, ischémie mésentérique, dénutrition avancée ; mesurer et consigner la longueur de grêle restant en amont et en aval
- Drainage non systématique, même en cas de péritonite ; drains retirés avant J5, sonde gastrique retirée le plus précocement possible
Codages
HPPC003 – Section de bride et/ou d'adhérences péritonéales pour occlusion intestinale aiguë, par coelioscopie
par laparotomie HPPA002
Résection associée : HGFA005 (résection segmentaire unique de l'intestin grêle pour occlusion, par laparotomie), HGFC021 (résection segmentaire unique avec rétablissement de la continuité, en dehors de l'occlusion, par coelioscopie), résections multiples HGFA004 ou HGFC016.
Complications
Plaie de l'intestin grêle
fistule anastomotique, majorée par le nombre de sutures
perforation postopératoire ou sténose ischémique à distance si un segment mal vascularisé est laissé en place
péritonite postopératoire, abcès de paroi, complications cicatricielles
iléus postopératoire prolongé, notamment après entérovidange
complications respiratoires et inhalation
syndrome du grêle court après résection étendue
syndrome du compartiment abdominal
récidive d'occlusion
Temps opératoires
Étape 1 : Conditionnement et installation
- Vérification de la sonde nasogastrique et de la vidange gastrique avant l'induction
- Installation en décubitus dorsal jambes écartées, sonde urinaire posée dans le champ, badigeonnage complet
Étape 2 : Abord et exploration de la cavité péritonéale
- Open cœlioscopie à distance des cicatrices, en hypochondre ou flanc gauche, puis trocarts complémentaires sous contrôle de la vue
- Prélèvement bactériologique de l'épanchement péritonéal, le plus souvent sérohématique, parfois purulent ou digestif, puis antibioprophylaxie
- Exploration la plus complète possible de la cavité péritonéale
- Laparotomie si elle est indiquée : incision médiane au bistouri froid lame à plat, plan par plan, prolongée au besoin au-delà de la cicatrice pour trouver une zone vierge d'adhérences
Étape 3 : Repérage de la zone occlusive
- Déroulement du grêle aux pinces atraumatiques, à partir de la dernière anse iléale plate, de façon rétrograde
- Progression jusqu'à la jonction entre grêle plat et grêle dilaté, siège de la bride responsable
- En laparotomie, la masse des anses dilatées est extériorisée avec prudence pour éviter toute déchirure
Étape 4 : Section de la bride ou des adhérences
- Section au ciseau froid ou au bistouri froid, sans coagulation
- Grêle volvulé : la section de la bride réduit la torsion et permet de débuter le réchauffement
- Adhésiolyse limitée aux adhérences gênant les trocarts ou l'exposition et à celles responsables de l'obstacle : une fois le grêle libéré, ne pas poursuivre
- Plaies séreuses ou transfixiantes réparées immédiatement
Étape 5 : Entérovidange rétrograde (laparotomie, optionnel)
- Manœuvre réalisable seulement à ventre ouvert, sur un grêle très dilaté séquestrant parfois plusieurs litres à quantifier pour la compensation
- Vers l'angle duodénojéjunal, massage et pressions douces pour franchir la jonction ; compressions gastriques pour faciliter l'aspiration, sonde vérifiée régulièrement
- Elle décomprime l'intestin, facilite le repérage de la bride et l'exploration, et permet une fermeture pariétale sans tension ; elle ne facilite pas la reprise du transit
Étape 6 : Appréciation de la vitalité de l'intestin grêle
- Inspection minutieuse de l'empreinte de striction et de l'anse volvulée
- Ischémie prolongée : parois pâles ou violacées, zébrures marron ou grises ; pétéchies et hématomes pariétaux limités restent compatibles avec la conservation
- Grêle franchement ischémique : parois atones, sans péristaltisme, fines et fantomatiques ou très œdématiées rouge violacé, sans battement artériel dans le mésentère – résection impérative
- Doute : champs imbibés de sérum chaud pendant 10 à 15 minutes, puis réévaluation ; tout doute persistant impose la résection
Étape 7 : Résection et rétablissement de la continuité
- Segment extériorisé par minilaparotomie, paroi protégée par un anneau rétracteur et des champs imbibés de povidone iodée
- Section du mésentère en triangle convergeant vers les arcades de premier ou deuxième ordre, aux ciseaux entre pinces avec ligatures, ou aux instruments de fusion
- Anastomose mécanique latérolatérale : deux orifices antimésentériques, agrafeuse linéaire coupante, mésentère éversé hors de la ligne d'agrafes, contrôle de l'hémostase par l'intérieur, terminalisation à l'agrafeuse à mâchoires
- Anastomose manuelle terminoterminale possible : deux surjets en un plan de fil à résorption lente, en « trichant » sur les prises pour corriger l'incongruence
- Fermeture de la brèche mésentérique par points séparés ou court surjet
- Double entérostomie en canon de fusil si le risque de désunion est élevé, à distance de la cicatrice médiane et des drainages, dans une zone appareillable
Étape 8 : Toilette, drainage et fermeture
- Péritonite : première toilette au sérum physiologique réchauffé dès le début de l'intervention, seconde toilette complète en fin de geste, anesthésiste prévenu
- Drainage non systématique
- Fermeture pariétale
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